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Accro au sucre?

Voir le dossier Le sucre, coupable?

Accro au sucre?


 

On utilise parfois l’expression « dépendance au sucre » pour décrire notre attirance irrésistible pour les aliments sucrés. En fait, nous venons au monde avec un goût inné pour la saveur sucrée.

Des observations par imagerie médicale ont montré que, dès le septième mois de la grossesse, le foetus avale plus de liquide amniotique lorsque ce dernier contient plus de glucose. Cela peut même le faire sourire!

Cet attrait pour le goût sucré est également présent chez les autres mammifères, mais aussi chez les oiseaux, les insectes et même les bactéries. Bref, il y a quelque chose de génétique là-dessous1!

Il semble que c’est entre six mois et deux ans que l’enfant apprend à accepter les aliments avec ou sans saveur sucrée. Par exemple, un enfant qui a été habitué à boire de l’eau pure rejettera l’eau sucrée. Cependant, devant un nouvel aliment, le bambin préfère habituellement la version sucrée. Par la suite, le goût pour le sucré diminue graduellement chez la plupart des gens, bien qu’il existe une grande diversité d’attitude envers cette saveur1.

La dépendance au sucre existe-t-elle?

Le sucre fait partie de la grande famille des glucides. Aussi appelés sucres ou hydrates de carbone, ils comprennent des glucides simples, comme le fructose ou le sucre de table, et des glucides complexes, comme l'amidon et les fibres alimentaires).

Peut-on vraiment être « accro » au sucre et perdre le contrôle de sa consommation? Des auteurs de livres populaires et des sites Internet prétendent que oui, mais jusqu’à présent, aucune donnée scientifique provenant d’études chez l’être humain ne permet de l’affirmer.

On sait que la consommation de sucre stimule les zones du cerveau associées à la récompense et au plaisir. Mais s’agit-il des mêmes que celles activées par la prise de drogues? Des expériences menées sur des rats indiquent, indirectement, que oui. En effet, une grande consommation de sucre stimule les mêmes zones que les drogues, soit les récepteurs dits « opioïdes »2,3.

De plus, des essais sur des animaux ont relié une consommation excessive de sucre à un risque accru de prendre des drogues dures et vice-versa2. En 2002, des chercheurs italiens ont observé des symptômes et des comportements similaires à ceux d’un sevrage chez des rats privés de nourriture durant 12 heures, avant et après avoir eu accès librement à de l’eau très sucrée4. Bien que ces résultats puissent donner des pistes permettant de mieux comprendre et traiter des troubles alimentaires comme la boulimie, ils restent très expérimentaux.

Les rages de sucre

Les « rages de sucre » sont-elles un symptôme de dépendance? Il n’y aurait pas de dépendance physiologique comme telle, selon la nutritionniste Hélène Baribeau. « Dans ma pratique, je constate que les personnes qui ont un goût très fort pour le sucre sont celles qui ne mangent pas de façon équilibrée, qui ont des heures de repas irrégulières, qui sautent des repas ou qui espacent beaucoup leurs heures de repas, précise-t-elle. Lorsqu’on corrige ces déséquilibres, le goût du sucre s’estompe. »

La nutritionniste rappelle que le sucre est le principal carburant du cerveau. « Quand il y a une petite baisse de sucre dans l’organisme, c’est d’abord le cerveau qui est en manque, dit-elle. Le goût du sucre vient à ce moment-là, accompagné d’une baisse de la concentration et d’irritabilité ». Elle suggère notamment de prendre des collations, afin de ne pas priver le corps de nourriture pendant plus de quatre heures consécutives.

Pour les accros au goût sucré, des facteurs psychologiques plutôt que physiologiques peuvent jouer. « Les aliments sucrés sont une douceur associée au plaisir et les gens peuvent être "accros" à ça », souligne Hélène Baribeau.

Les aliments sucrés sont en effet perçus comme une récompense, d’après Simone Lemieux, chercheuse à l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF)5. « Les enfants apprennent que s’ils finissent leur repas ou leurs légumes, ils vont mériter un dessert et, dans d’autres circonstances, on les récompense en leur offrant une sucrerie. Cet apprentissage leur fait associer les aliments sucrés au réconfort et cette empreinte reste très forte », affirme-t-elle.

Cette dépendance psychologique est-elle moins grave qu’une dépendance physiologique et est-elle aussi difficile à traiter? On peut présumer que tout dépend de son intensité et de ses conséquences sur le tour de taille de tout un chacun.

 

Recherche et rédaction : Françoise Ruby
Le 24 octobre 2005

 

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d'autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu'un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l'information désirée.

Bibliographie

Agence française de Sécurité Sanitaire des Aliments. Glucides et santé : État des lieux, évaluation et recommandations. Chapitre 7 : Plaisir du sucre et influence sur les comportements alimentaires [Consulté le 15 septembre 2005] Rapport complet : http://www.afssa.fr Synthèse : http://www.afssa.fr
National Library of Medicine (Ed). PubMed, NCBI. [Consulté le 15 septembre 2005]. www.ncbi.nlm.nih.gov
Society for Neurosciences. Brain briefings. Sugar addiction. http://apu.sfn.org

Notes

1. Agence française de Sécurité Sanitaire des Aliments. Glucides et santé : État des lieux, évaluation et recommandations. Chapitre 7 : Plaisir du sucre et influence sur les comportements alimentaires [Consulté le 15 septembre 2005] Rapport complet : www.afssa.fr Synthèse : http://www.afssa.fr
2. Levine AS, Kotz CM, Gosnell BA. Sugars: hedonic aspects, neuroregulation, and energy balance. Am J Clin Nutr. 2003 Oct;78(4):834S-842S. Review. Texte integral : www.ajcn.org
3. Society for Neurosciences. Brain briefings. Sugar addiction. http://apu.sfn.org
4. Colantuoni C, Rada P, McCarthy J et al. Evidence that intermittent, excessive sugar intake causes endogenous opioid dependence. Obes Res. 2002 Jun;10(6):478-88. Texte intégral [Consulté le 15 septembre 2005] : www.obesityresearch.org
5. Simone Lemieux est également professeure agrégée au Département de science des aliments et de la nutrition à l’Université Laval et collaboratrice de la Chaire sur l’obésité.

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